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mercredi 12 mars 2014

Pauvert nous cause de Maurice, donc de Victor

http://kebekmac.blogspot.fr/p/la-cuisine.html
Préface de Jean-Jacques Pauvert à la réédition d'Ainsi soit-il, suivi de Claquemur, chez La Musardine (Paris, 2004) — ouvrage disponible sous forme électronique sur l'excellent Francomac : 
« Maurice Raphaël » n'est qu'un pseudonyme parmi d'autres de Victor-Marie Le Page, qui signa aussi Ange Bastiani pour la Série noire (Arrête ton char, Ben Hur !, entre autres), Ange Gabrielli pour des romans érotiques, comme Biscuit l'amour, et encore, pour d'autres romans érotiques, Victor Saint-Victor.
L'éditeur Éric Losfeld trouvait à Lepage-Raphaël « l'allure d'un aventurier, souple et bronzé, grand séducteur, avec une faconde toute méridionale » (dans ses souvenirs, Endetté comme une mule).
Il était pourtant né à Brest en 1918, d'un père officier de marine. Il commença des études de droit vite interrompues, puis se lança dans différents métiers de fortune.
Il avait pourtant un penchant littéraire car il tâta du journalisme avant de débuter dans le roman aux Éditions du Scorpion en 1950 avec, justement, Ainsi soit-il, qui fut naturellement condamné devant la dix-septième chambre quelques mois après.
Claquemur fut publié en 1955 à tirage limité avec une pointe sèche de Hans Bellmer. André Breton qualifiait ce texte de « cryptesthésie des bas-fonds ». C'est le monologue intérieur d'un prisonnier, vivant dans sa cellule une sorte de cauchemar érotique permanent.
Ainsi soit-il et Claquemur furent réédités ensemble sous un cartonnage d'éditeur par Éric Losfeld en 1969.
Victor-Marie Lepage devait mourir relativement tôt, à cinquante-neuf ans, en 1977.
Ces deux textes, et en général les textes signés Maurice Raphaël sont intéressants comme très représentatifs des excès, de la désespérance et de la révolte violente d'une part de la jeunesse de l'époque.
C'était le moment où la grande presse déplorait le pessimisme des romans « existentialistes » en stigmatisant pêle-mêle l'influence pernicieuse de Kafka ( ? ) ou de Miller, et relevant par exemple avec une réprobation jubilatoire qu'on avait trouvé J'irai cracher sur vos tombes sur la table de nuit d'un assassin.
Nous vivions, dans les années 45/50, des temps austères et vertueux…
Jean-Jacques Pauvert

En illustration, un gros fragment de la couverture dudit bouquin :

jeudi 4 mars 2010

Présentation en vrac

Je propose que nous tentions, à plusieurs, d'en finir avec cette rumeur qui perdure plus de trente ans après la disparition de Victor-Marie Lepage, à propos de ses activités durant l'Occupation : selon les uns, il aurait œuvré au Commissariat aux Questions Juives en Eure-et-Loire, selon les autres, il aurait torturé à la Carlingue, rue Lauriston, et d'autres enfin affirment qu'il ne se serait retrouvé en prison à la Libération qu'à cause de menus trafics.
En finir, c'est-à-dire, tenter d'asseoir la vérité, pour le meilleur ou pour le pire.

Pour ma part, j'ai pris connaissance de cette rumeur au début des années 80, en lisant les mémoires d'Éric Losfeld, Endetté comme une mule ou la passion d'éditer. Losfeld avait publié Claquemur aux éditions Arcanes en 1953, mais après qu'il eut réédité, en 1969, en deux volumes, Ainsi soit-il et Claquemur d'une part, et Le festival et De deux choses l'une d'autre part, il a reçu un coup de téléphone qui le railla sur sa notoire intégrité politique, l'assurant que Maurice Raphaël était "un joli coco" qui aurait torturé des juifs sous l'Occupation, en Eure-et-Loire. Ni une, ne deux, Losfeld rompit illico les ponts avec Maurice Raphaël.
Bon, n'ayant pas le bouquin sous la main, je cite de mémoire et je ne sais plus non plus qui était ce correspondant téléphonique, ni si Losfeld le précise, d'ailleurs.
C'est à la même époque, en 1983, que je découvrais Maurice Raphaël avec Une morte saison, que les éditions Le Tout sur le Tout (fondées par Dominique, qui créera ensuite Le Dilettante, et Léon Aichelbaum, entre autres). La sensibilité et la finesse de l'auteur me semblaient complètement incompatibles avec les accusations reprises par Losfeld, auxquelles je n'ai du coup pas accordé grand crédit.

Et puis voici peu, je ne sais plus comment, je suis tombé sur cette page du blogue Au carrefour étrange consacrée à Raphaël/Bastiani, qui offre deux liens : l'un menant vers l'article d'Alfred Eibel dans le Matricule des Anges n°16 (1996), que je ne connaissais pas, qui ne cite aucune source et qui contredit la version Losfeld puisqu'il n'est plus question du Commissariat aux QJ d'Eure-et-Loire mais de la Carlingue, à Paris; et l'autre menant à une page consacrée au livre où Modiano (qui l'a connu dans les années 60) met en scène Maurice Raphaël. Or celle-ci propose à son tour un lien menant aux souvenirs de Marino Zermac (pseudonyme de Pierre Genève, selon ROBO32.EXE, à qui je me suis permis de piquer la photo illustrant l'en-tête, ici-même), dont j'ignorais tout, mais qui au §404 affirme que cette rumeur circulait déjà dans les années 50 et qu'elle est dépourvue de fondement.

Bien. Quelles sont les premières pistes ?
Alfred Eibel n'est certes pas n'importe qui (il a édité Jean-Pierre Martinet, dont il fut le voisin de palier, cher Antoine P.), mais dans cet article du MdA de 1996 il ne justifie aucunement ses assertions. Peut-être fournit-il plus de détails dans le dossier qu'il a réuni pour la réédition de La croque au sel (L'esprit des péninsules, 2005), mais je n'ai pas cette édition-là et l'éditeur a fait faillite.
Le petit-fils de Régis Messac, Éric Messac, s'intéresse également depuis un bout de temps à cette histoire (voir sur cette page, à partir du 53ème commentaire), j'ignore pourquoi. Malheureusement, je n'ai pas ses coordonnées.
Le plus simple serait peut-être d'aller voir les archives du Commissariat aux Questions Juives (je propose d'abréger dorénavant en "CQJ"), qui sont censées être ouvertes au public depuis 1998. Mais il paraît qu'un décret ultérieur en a restreint l'accès.
Voilà à peu près où j'en suis.

Par ailleurs, je me propose de retranscrire ici-même la bibliographie la plus complète de notre auteur : celle établie par H.-Y. Mermet en 1986 pour la réédition au Dilettante de l'une des nouvelles de L'emploi du temps, Les yeux de la tête. On pourra ainsi la compléter au fil des découvertes de chacun.

J'ai pour l'instant proposé aux quatre personnes que je sais s'intéresser à Victor-Marie Lepage et dont j'ai trouvé les coordonnées de contribuer à ce blogue : losfeld de Au carrefour étrange, Antoine Peuchmaurd, Edmond Gropl et Pop9.
J'aimerais bien envoyer une invitation à ROBO32.EXE, mais je n'arrive pas à trouver son adresse mèle : si l'un d'entre vous la connaît…
Bien entendu, tous ceux que cette histoire intéresse sont les bienvenus.